Cinquième EntreVue de l’année 2010, rencontre entre Houda Bétis (France) et Nicola Lo Calzo (Italie).
Il s'agit dans cette rencontre de mettre en regard deux propositions de traitement du portrait. Le portrait est un genre qui dès le début de l'histoire de la photographie est le lieu de l'altérité. Le projet de Nicola Lo Calzo participe du portrait-témoignage, avec le souci d'inscrire les personnes photographiés dans leur quotidien. Les cadrages frontaux, les regards à l'objectif et le traitement doux de la couleur contribue à poser un regard distant sur le sujet traité. Tandis qu'Houda Betis montre des portraits à limite du réalisme. Proche du cinéma expressionniste allemand du début du XXème siècle, ces portraits évoquent l'univers fantastique et cauchemardesque des peurs enfantines. Les plans serrés, les angles décalés, le jeu d'ombre et de lumière ciselé nous emmènent de l'autre côté du miroir. Deux façons très différentes d'envisager l'altérité.
Houda Bétis / Infant
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Infant
L'infant, du latin infans, « celui qui ne parle pas », exprime par son regard d'innombrables sentiments à l'origine d'expressions indéfinissables et parfois étranges.
Dans cette série de portraits, j'ai cherché à mettre en lumière ce mystère de l'être, les reflets de l'âme humaine, qui, chez l'enfant, ne sont pas encore froissés, recouverts par les mots, meurtris par les évènements de la vie ou conditionnés par les comportements sociaux. L'ombre et la lumière sont en chacun, comme l'enfant lui-même demeure en nous au plus profond, malgré nos cheminements et nos croissances. Grâce à mes sujets enfants, ces parts enfouies, à l'ordinaire impalpables, se dévoilent lors d'instants fugaces que je tente de capter. Pour que la magie opère, la relation doit tisser un lien d'esprit à esprit. Alors la pensée devient aussi féconde que les mots. C'est comme écrire avec un kalam de lumière dans l'obscurité. Ces enfants sans artifice n'ont de parure que la lumière naturelle. Le jeu avec les teintes les plus sombres et avec les contrastes fait jaillir chez eux des expressions qui révèlent leur force intérieure.
Nicola Lo Calzo/ Morgante
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« Morgante » relate l'histoire d'individus liés entre eux par un commun dénominateur : êtres nains.
« Morgante », surnommé ironiquement le Géant de l'homonyme poème de Luigi Pulci, était le plus célèbre des cinq nains de la cour seizième de Médicis à Florence. Il fut toujours représenté dans le goût de l'époque selon l'iconographie du « monstrum ». En passant par les tableaux de Bronzino et les sculptures de Giambologna, le nain Morgante, déshumanisé et dépouillé de son individualité, devient progressivement une idée, un archétype, la loupe à travers laquelle la « famille humaine » regarde la diversité au fil des siècles. À partir de cette correspondance littéraire et iconographique, l'Afrique centrale constitue pour le photographe l'occasion de nous délivrer une galerie inédite de portraits sur l'univers des personnes de petite taille, une catégorie des personnes complètement marginalisées dans certains pays africains. Souvent associées à la sorcellerie, les personnes affectées par le nanisme vivent dans un état de semi clandestinité, quotidiennement confrontées à toute sorte de violence psychologique. Le photographe choisit de photographier ses sujets dans leur vie privée, à la maison, au travail ou dans la rue : dans les images de Lo Calzo, Fidel, Kwedi, Nelly ne sont pas victimes de leur taille. Au contraire, ils sont protagonistes de la scène représentée autant que de leur vie privée.
Le projet « Morgante » sera présenté en novembre à l'Institute Italien de Culture à Paris et il sera également objet d'une exposition au Musée National Alinari de la photographie à Florence pendant l'année 2011.